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Comment maîtriser de la douleur


Conférence donnée à l’hôpital universitaire de Zürich, le 30 août 2003
Roberto Brioschi, lic.phil., Psychologue clinique
Psychologue principal/ Directeur ZISP & ZST RehaClinic Zurzach
Résumé: Lorenz Aries / Traduction: Marie-Louise Hagen


La douleur est un des symptômes les plus pénibles lors d’une maladie. Depuis 13 ans, R. Brioschi travaille avec des patients souffrant de douleurs chroniques. Il est le fondateur du ZISP (Programme interdisciplinaire de la douleur, Zurzach). Actuellement 60 personnes par année sont traitées selon ce programme. Le ZISP est en développement (station supplémentaire à Braunwald), afin de pouvoir traiter 120 personnes par année. R. Brioschi a également créé la spécialisation de « thérapeute de la douleur » qui comprend 32 jours de formation. Le thérapeute de la douleur fait la liaison entre le médecin et le patient.

 

Le phénomène de la douleur

La douleur peut se trouver à tous les endroits du corps et se manifeste de différentes manières. On fait la différence entre les maux de tête, de dos, des articulations, douleurs fantômes après amputation, etc. A tout âge et quelle que soit la situation, la douleur doit être prise au sérieux afin qu’elle ne devienne pas chronique. Il est important d’éviter une atteinte du système de la douleur. Monsieur Brioschi montre l’exemple de Guillaume Depardieu (fils de l’acteur Gérard Depardieu) qui était prêt à se faire amputer une jambe pour échapper à la douleur (ce qui ne résout pas forcément le problème).

 

Définition de la douleur (IASP 1978 /1995)

« La douleur est une expérience des sens et des sentiments associée à une lésion actuelle ou potentielle des tissus ».

 

L’assimilation de la douleur devient difficile lorsque la lésion ne peut être prouvée mais qu’elle est seulement décrite par le patient.

 

Il existe différents modèles de douleur. Le modèle biomédical (théorie de spécificité) estime que des petites blessures entraînent de légères douleurs et des grosses blessures, de fortes douleurs. On sait, aujourd’hui, que cette théorie (« grande blessure = grande douleur ») est fausse. Le modèlede la « douleur du patient » estégalement faux. La fonction psychologique joue un rôle important dans la douleur. La douleur oblige à une modification des mouvements car les mouvements habituels font mal.

 

 

Le modèle MOM

Le modèle MOM de l’organisme adulte lors de blessures: la situation est analysée par le cerveau, le comportement et la physiologie se modifient (selon Gifford).

 

 

Perception de la douleur + modification de la pensée = dimension cognitive

Perception de la douleur + modification des sentiments = dimension affective

Estimation de l’expérience

Autres modifications

Résultat = modification du comportement + modification physiologique

 

Ce comportement modifié a des effets sur l’environnement comme sur les tissus. Par exemple, on ne bouge plus ou on ne sort plus. Ce comportement influence les tissus et donc les mouvements et la force physique.

 

Plus la sensibilité de la perception de la douleur est grande, plus la douleur est ressentie. Il faut donc absolument éviter que le « système d’alarme » devienne trop sensible.

 

R. Brioschi travaille selon le modèle bio-psycho-social. Les facteurs psychologiques et sociaux jouent un grand rôle dans les maux de dos comme facteurs psychosomatiques. Des idées de catastrophe (par ex. « Et si je finissais en fauteuil roulant ? ») peuvent rendre la douleur chronique.

 

En ce qui concerne le modèle psychosocial, les facteurs suivants sont considérés:

 

environnement social

déroulement de la maladie

détresse psychologique

attitudes et croyances

DOULEUR

 

L’histoire du patient et sa situation prennent une grande place dans le traitement selon ce modèle. On commence par un examen physique très complet. Souvent, le thérapeute de la douleur constate que les examens physiques sont insuffisants. Ensuite il faut savoir ce que le patient pense de sa maladie et comment il la ressent. Comment se voit-il et comment voit-il sa maladie ? Comment vit-il ? Que fait-il de ses loisirs ? etc. En résumé :

 

  • Examen physique à pathophysiologie
  • Que pense le patient de sa maladie? à cognition
  • Que ressent-il au sujet de sa maladie? à émotion
  • Comment le patient se voit-il et comment voit-il sa maladie? à perception
  • Que fait le patient? à comportement

 

La douleur n’est pas seulement un problème médical mais un problème humain en général. La religion, la politique, la culture et la thérapie jouent un grand rôle. En face de la douleur, il n’y a pas de comportement juste ou faux, il n’y a que des comportements différents.
Conférence „Maîtrise de la douleur“ /30 août 2003 3

 

 

Il est clair que selon ce modèle, le corps, les émotions et le comportement du patient sont analysés en profondeur. Dans une telle situation souvent le patient n’est pas assez respecté. La douleur rend extrêmement vulnérable. Il est donc très important de faire preuve de respect et de lui demander la permission avant de commencer le traitement.

 

La médecine moderne se borne normalement à l’analyse de la contraction musculaire, de l’atrophie musculaire, du deconditioning, des mouvements inadéquats, de l’instabilité, etc. Il serait cependant nécessaire de faire d’autres analyses (analyse de la pensée et du comportement). Il faut apprendre au patient comment il peut maîtriser sa douleur. Il existe différentes stratégies (coping) face à la douleur:

 

  • concentration, décontraction
  • résignation, fatalisme
  • optimisme
  • relativisation
  • retrait
  • dynamisme
  • focalisation de l’attention
  • révolte
  • soulagement émotionnel
  • valorisation, donner un sens à la situation
  • activité constructive
  • dramatisation
  • distraction
  • acceptation
  • contenance
  • humour, ironie

etc. etc.

 

Ces différentes stratégies sont discutées avec le patient. En compagnie du thérapeute, une réflexion est faite sur son histoire. De nouvelles stratégies peuvent être développées, celles qui sont insatisfaisantes sont remplacées par de meilleures. Le but du traitement selon le modèle bio-psycho-social est d’améliorer ou de retrouver une qualité de vie malgré les douleurs.

 

Le traitement de la douleur est un travail de longue haleine.

Monsieur R. Brioschi termine sa conférence en construisant la « tour de la douleur » avec des blocs sur lesquels sont inscrit :

Coping

Sentiments

Pensées

Comportement

Contrôle

Evaluation

Somatique

Environnement social

Personne

Histoire personnelle

 

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